Général Benoît Royal : « Le recours à la brutalité conduit à la torture » (Par Jean Guisnel – Lepoint.fr)

L’éthique du soldat, c’est aussi le respect des prisonniers. Sans appel à la torture pour obtenir des aveux.

Le général de brigade Benoît Royal est responsable du recrutement de l’armée de terre. Il conduit parallèlement une réflexion sur l’éthique du soldat. Il est chercheur associé au sein du pôle éthique et déontologie du Centre de recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan (CREC).

Le Point : Vous publiez une deuxième édition de votre ouvrage L’éthique du soldat *. Quelles sont les évolutions que vous avez souhaité traiter ?

Benoît Royal : Plusieurs aspects n’avaient pas été abordés dans le précédent ouvrage : le conflit afghan manquait, et j’ai obtenu de nombreux nouveaux témoignages, intenses et réalistes. De même, j’inclus de nouvelles réflexions sur l’arme aérienne. Les dégâts « collatéraux » provoqués par les frappes qui touchent des populations civiles ont fait couler beaucoup d’encre. Un pilote combat vite, haut, loin de ses chefs, et dans un contexte difficile. J’ai recueilli des témoignages sur ce que ressentaient ces aviateurs dans leur cockpit, et sur les questions qu’ils se posaient au moment où ils s’apprêtaient à tirer leurs bombes. Je n’avais pas abordé non plus la guerre d’Algérie, ni l’emploi de la brutalité dans la guerre contre-révolutionnaire, permettant de tirer des leçons dans les guerres dissymétriques d’aujourd’hui. Pour un soldat, des principes d’action demeurent et il doit s’interroger : « Au nom de quel critère vais-je prononcer mon choix ? Quel principe me fera agir de telle façon dans cette situation ? » Si les principes de base sont intangibles, les situations évoluent et, dans l’urgence, d’inévitables questions se posent ; il faut y avoir réfléchi avant.

Pourquoi employez-vous le terme « brutalité » et non celui, plus cru, de « torture » ?

La brutalité, c’est la gifle donnée à un prisonnier. Ce n’est pas de la torture, mais elle peut y conduire. Quand on a recours à la brutalité, on finit immanquablement par arriver à la torture, l’enchaînement est inéluctable. Or, aujourd’hui, près d’un demi-siècle après les accords d’Évian, que reste-t-il dans la mémoire collective nationale des actions bénéfiques de l’armée française en Algérie – sur les SAS, sur son rôle social ou sur la conduite d’opérations dans le respect des lois de la guerre ? Il ne semble rester que l’évocation de la torture, édictée en mode d’action pour obtenir des renseignements pendant la bataille d’Alger. Or, qui peut aujourd’hui contester, à l’aune des enseignements de l’histoire et de leurs conséquences, que la brutalité et la torture, sa forme extrême, sont un échec de l’homme ? Or, une nation digne de ce nom ne se construit pas sur un échec de l’homme.

Où doit se faire la formation sur l’éthique ? Qui est concerné ?

Tout le monde, de l’engagé volontaire au général chef d’état-major. Il est de la responsabilité première du chef de faire acquérir à ses soldats une capacité autonome d’appréciation éthique. Chacun doit d’abord bien savoir ce qui est licite et ce qui ne l’est pas, car le respect national et international, c’est la première règle des obligations de l’éthique. À défaut, un acte peut conduire son auteur devant la justice. Mais l’éthique va bien au-delà du droit : le droit oblige, l’éthique recommande. Et c’est dans sa liberté de décider que le chef doit s’imposer son éthique.

La réalité, c’est aussi qu’un acte non éthique ne reste plus secret très longtemps, avec toutes les conséquences politico-opérationnelles imaginables.

Exactement ! C’est un point qui n’est pas négligeable. L’instantanéité de la connaissance des faits, la diffusion d’images en direct ou presque depuis le champ de bataille, font que

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